Une peur irraisonnée, alors que je savais que tout irait bien.
Hier soir, retour d'un WE normand. Sous un superbe soleil d'hiver. Un SMS nous annonçant "7cm de neige à Yerville" à 25km la maison. Pas l'ombre d'un centimètre dans le jardin.

Retour confiants vers la capitale, la voiture chargée de vêtements pour cette pauvre-enfant-qui-va-nue, du lit parce qu'elle grandit, les enfants somnolants installés à l'arrière. De la neige sur les bas-côtés, la route blanche et brillante, toutes les fonctions de sécurité qui se mettent à fonctionner. J'ai éteint la radio, demandé presque gentiment au Prince de se taire pour "laisser Papa se concentrer sur la route". L'entendre pester après la voiture qui nous précède, lui dire de ne pas s'arrêter parce qu'on aura alors du mal à repartir, à Yerville, il y a plutôt 10cm de neige dans les jardins, et de la glace sur la route. Arriver en bas de la côte, voir les voitures dans les fossés, les autres tout clignotants allumés, l'impression de devoir affronter un flipper. L'entendre répéter "faut pas qu'on s'arrête", et ne pas avoir le choix, devoir s'arrêter, au milieu de la côte. 
Ne pas pouvoir repartir, l'entendre me dire "il faut que tu pousses la voiture pour qu'on redémarre" maudire mes bottes avec leurs semelles de cuir. Il descend, je prends le volant. Et là, les secondes s'allongent. Il faut que je mette les roues droites de la voiture dans l'herbe pour avoir une meilleure accroche dans la neige que sur la glace, et lui il va pousser. Le fossé se transforme en ravin, il faut que j'y arrive, je fais les comptes des vivres : 10 biscuits, des rôtis -mais crus- et surtout, pas d'eau à part le biberon de nuit du Prince. Ca va faire court si on doit dormir là. Avoir peur de glisser sur le côté ce qui nous amènerait soit dans le "ravin" soit dans la voiture qui glisse à côté de nous, glisser en arrière et le blesser, lui.

Sentir la voiture qui repart, lui rendre le volant dès le premier plat, et fondre en larme, de stress. Et une petite voix qui dit "Pleure pas Maman, tout va bien, on est là nous, tu n'es pas toute seule".

Bien rentrés à Paris, remerciant ceux qui sont venus nous aider en poussant eux aussi.